Émilie Le Pennec, dix-sept ans, porte la gym française sur ses épaules. Depuis le titre olympique conquis à Athènes l’été dernier aux barres asymétriques, la jeune fille est devenue le chef de file de la discipline et dispute jusqu’à dimanche les championnats d’Europe à Debrecen (Hongrie). Une responsabilité qui lui incombe pour avoir été
la première Française à conquérir l’Olympe. Sa maman trouve qu’elle ne s’en sort pas si mal compte tenu de la pression dont elle est l’objet depuis l’automne dernier. Projetée soudainement de l’ombre à la lumière, la gymnaste a dû s’initier en vitesse accélérée à l’art de gérer les obligations qui vont avec son nouveau standing. « Je pense que l’on est jamais préparé à ce genre de choses, affirme Isabelle Le Pennec, sa mère. Surtout dans le milieu de la gym où tant que l’on ne décroche pas une médaille, on est un inconnu. » Pour que la jeune fille ne profite que du meilleur, la famille Le Pennec a fait bloc autour d’elle. « Nous avons essayé de l’épargner au maximum. Émilie a aussi d’autres chats à fouetter, elle n’a pas le temps. Nous lui avons demandé ce qu’elle voulait faire de ce titre olympique. Elle nous a répondu qu’elle voulait continuer la gym et réussir ses études. » Du coup, à l’heure des choix, la jeune fille a privilégié les plateaux télés où il était question de sport et évité de « papillonner dans les émissions people », comme le dit encore sa mère.
Émilie Le Pennec et ses parents ont encore dû apprendre vite quand il s’est agi de prendre des options en terme de sponsoring. « La fédération ne fait jamais de cadeau, elle nous a proposé de nous aider si nous acceptions de lui céder l’image d’Émilie par contrat. » Une offre de service prestement déclinée qui ne met pourtant pas mal à l’aise Jacques Rey, le président de la Fédération française de gymnastique (FFG). « Ça ne m’inspire rien, répond-il. La fédération a largement fait son travail en proposant à Émilie Le Pennec et à ses parents de l’aider, la soutenir et la guider, ils ont fait un autre choix. Ils se débrouillent seuls, c’est leur droit et on le respecte sans aucune réserve. » À la fédération, on soutient encore que l’or olympique, bien qu’historique, npas significativement amélioré le quotidien de l’institution. « Le titre n’a rien rapporté en terme de partenariats nouveaux, constate Jacques Rey. Quant au nombre de licenciés, il est en augmentation comme chaque année depuis quinze ans et nous permet d’atteindre les 245 000. Il n’y a eu d’effet post JO que sur les jeunes filles de la tranche d’âge entre onze et treize ans, mais on ne peut pas parler d’effet fulgurant. »
En équipe de France, tout a pourtant changé depuis qu’Émilie Le Pennec a raflé le titre olympique au nez et à la barbe de Svetlana Khorkina, une icône de la discipline. C’est ce qu’affirme Michel Boutard, le directeur de la formation tricolore : « Les athlètes français savent que c’est possible et que cela n’est pas réservé aux gymnastes japonais, chinois, russes ou américains. »
Marianne Behar
Libération 02/06/2005
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